✦ Quoi publier
Raconter ton parcours sans te vanter.
Tu veux raconter d'où tu viens. Chaque tentative sonne trop mise en scène ou trop faussement humble — les deux extrêmes du même mensonge, celui qui consiste à parler de soi en croyant parler de son parcours. Ce n'est pas ton histoire qui pose problème, c'est le rôle que tu te distribues dedans. Tu joues le héros. Personne ne veut être le figurant du héros d'un autre.
Pourquoi « je » te trahit
Le premier réflexe, quand on te dit que ton post fait « je-je-je », est de compter tes « je ». C'est une fausse piste. Un post peut contenir vingt « je » et sonner juste. Un post peut n'en contenir aucun et sentir la gloriole à plein nez.
Le problème n'est pas le nombre d'occurrences. C'est la positiondu « je » dans la phrase. Ce « je » est-il le sujet qui décide, qui ose, qui réussit ? Ou est-il le témoinqui a vu quelque chose que les autres n'ont pas vu, à cet endroit précis, à ce moment précis ?
Un « je-sujet » se met devant l'histoire. Il la porte, il la conclut, il en tire la leçon. Le lecteur reçoit un héros qui vient réclamer son admiration. Un « je-témoin » se met à côté de l'histoire. Il la regarde, il la reconstitue, il l'offre. Le lecteur reçoit un observateur qui lui prête ses yeux le temps d'un paragraphe. Le premier fatigue. Le second invite.
Le déplacement du je-sujet au je-témoin
La bascule est mécanique. Elle se joue dans la phrase, pas dans l'intention. Voici la même matière racontée dans les deux positions.
Version je-sujet
« J'ai décidé de quitter le CAC 40 pour créer ma boîte. Ce fut la meilleure décision de ma vie. J'ai appris à me faire confiance, à sortir de ma zone de confort, à devenir celui que j'étais vraiment. »
→ Le lecteur note : tu as osé, bravo. Il passe.
Version je-témoin
« Quand j'ai quitté le CAC 40, j'ai découvert que la peur d'un dirigeant de PME n'a rien à voir avec celle d'un salarié. Le salarié a peur de perdre. Le dirigeant a peur pour les autres. Ce déplacement du sujet de la peur, personne ne me l'avait dit. »
→ Le lecteur note : ça, c'est vrai. Il s'arrête.
La matière est identique. Le geste change. Dans le premier cas, tu demandes qu'on te regarde. Dans le second, tu demandes qu'on regarde avec toi ce que tu as vu. Le lecteur intelligent, celui que tu veux atteindre, sait faire la différence à la troisième ligne.
Quatre formats de récit qui ne sonnent pas narcissiques
Ces formats fonctionnent parce qu'ils obligent le « je » à sortir de la position centrale. La caméra se place ailleurs, et toi tu apparais en second plan.
a. La scène
Un moment précis, pas un résumé. Pas « pendant mes années en cabinet j'ai compris que… » — mais « c'était un mardi soir, 20h30, dernière réunion avant les vacances, mon associé a posé son stylo et m'a dit… ». La scène force le concret. Le concret rend le « je » discret, parce que le décor prend la place.
b. La conversation reconstituée
Un dialogue avec un client, un mentor, un opposant. Une phrase courte qu'on t'a dite et à laquelle tu as répondu autre chose que ce que tu voulais. Le lecteur entend deux personnes parler. Il oublie qu'il y en a une qui est la tienne. Tu deviens celui qui a bien tendu l'oreille — un rôle que personne ne trouve arrogant.
c. Le contre-modèle
Ce que tu n'es pasdevenu. Le poste que tu as refusé, le fondateur type que tu détestais et qui te ressemble un peu quand même, la version de toi que tu as évitée de justesse. Raconter par la négative te met dans une position étrange et attachante : celle du type qui a eu peur de mal tourner. C'est l'inverse exact du « look at me ».
d. La révélation par l'objet
Un mail qu'on t'a envoyé et que tu gardes. Un ticket de caisse. Un chiffre dans un tableur qui t'a fait poser ton café. Un post-it retrouvé six mois plus tard. L'objet fait le récit à ta place — toi tu ne fais que le montrer et raconter la seconde où tu l'as regardé. C'est le format le plus difficile à rater.
L'erreur du « humble brag »
Il y a une manière de raconter qu'on croit humble et qui est en fait la plus grossière : « je ne pensais pas y arriver mais j'ai levé 3 millions », « je n'imaginais pas que ce petit post ferait 400k vues », « on m'avait dit que c'était impossible, six mois plus tard le contrat était signé ».
Le lecteur entend deux choses en même temps : la fausse surprise et le vrai chiffre. La fausse surprise a été rajoutée pour rendre le chiffre acceptable. Cette couche supplémentaire de mise en scène fait exactement l'inverse : elle attire l'attention sur la vanité qu'elle prétend cacher.
L'affirmation directe passe mieux. Si tu as levé 3 millions et que tu dois le dire, dis-le — puis passe immédiatement à ce que ça t'a fait voirque tu n'avais pas vu avant. Le chiffre devient un point d'ancrage, pas un trophée. Le « humble brag », lui, laisse le chiffre seul au milieu de la pièce, avec toi qui fais semblant de ne pas le regarder.
✦ Ce que fait Katnys
Sortir tes récits du je-sujet, une fois pour toutes.
Katnys mène un entretien qui cartographie ton empreinte éditoriale — dont tes moments fondateurs, les scènes précises qui t'ont marqué, les conversations reconstituées que tu gardes en tête, les objets que tu conserves. Cette matière devient ton corpus de récits.
Quand tu veux publier sur ton parcours, elle repart de cette matière et te propose un angle en position de témoin, jamais de héros. Tu valides, tu ajustes. Tu publies quelque chose que le lecteur lit jusqu'au bout parce que la caméra n'est pas braquée sur toi.
✦ Katnys ouvre bientôt
Hack enfin LinkedIn.
Le hack n'est pas dans l'algorithme — il est dans les trois posts que tu jettes chaque semaine sans le savoir. Je te montre comment les récupérer.